Publié le 17 mai 2024

Observer les baleines n’est pas un dû, mais un privilège qui exige de faire passer leur quiétude avant notre spectacle. Le vrai respect va au-delà du bateau.

  • Il implique de comprendre leur cycle de vie (parade, naissance, éducation) pour adapter notre comportement.
  • La mise à l’eau, même encadrée, reste une pratique intrusive ; des alternatives moins dérangeantes comme l’observation terrestre sont à privilégier.

Recommandation : Privilégiez systématiquement les prestataires labellisés O²CR et utilisez l’application Balèn terla pour une expérience 100% éthique et souvent plus riche depuis la côte.

Chaque année, le spectacle est à la fois grandiose et attendu. Une masse de quarante tonnes jaillit des eaux bleues de l’Océan Indien, retombe dans une gerbe d’écume colossale, puis sa nageoire caudale, unique comme une empreinte digitale, salue l’horizon. Pour de nombreux visiteurs à La Réunion, assister à ce ballet des baleines à bosse est le point d’orgue de leur voyage. Cette quête de l’image parfaite engendre une ruée vers les bateaux, une course pour s’approcher au plus près de ces géants des mers. L’excitation est palpable, mais elle masque une réalité que nous, membres de Globice et défenseurs des cétacés, ne pouvons ignorer : cette pression touristique, même bien intentionnée, représente une source de stress majeure pour des animaux venus dans nos eaux pour la phase la plus critique de leur existence : se reproduire et donner naissance.

Mais si la plus belle rencontre était celle où l’animal ne nous remarque même pas ? Si le véritable respect n’était pas de s’approcher, mais de comprendre pour mieux protéger ? C’est le pacte que nous vous proposons de sceller. Cet article n’est pas un simple guide touristique. C’est un manifeste pour transformer votre regard, pour passer du statut de « consommateur d’images » à celui d' »observateur éclairé et militant ». Nous allons vous donner les clés pour non seulement assister à ce spectacle, mais aussi pour devenir un maillon essentiel de la protection de ces mammifères marins. Nous dénoncerons les pratiques dangereuses et mettrons en lumière les alternatives qui existent, car une observation réussie est une observation qui ne laisse aucune trace, sauf dans vos souvenirs.

Ce guide est conçu pour vous accompagner dans cette démarche responsable. Nous explorerons ensemble le calendrier intime des baleines, décrypterons les règles d’approche qui protègent leur sanctuaire, et vous révélerons comment leur propre langage corporel peut vous guider. Vous découvrirez que les plus belles observations se font parfois depuis la terre ferme et que chaque geste, jusqu’au choix de votre crème solaire, a un impact sur cet écosystème fragile.

Juillet à octobre : quand avez-vous le plus de chances de voir des sauts ?

Parler de la « saison des baleines » est un raccourci qui efface la complexité et la beauté de leur cycle de vie. Pour un observateur responsable, il ne s’agit pas seulement de « quand » voir les baleines, mais de « quelle phase » de leur vie vous allez observer. Les comportements changent radicalement au fil des mois, et comprendre ces nuances est la première étape vers une observation plus profonde. Avec un record de plus de 1156 baleines à bosse identifiées en 2023, La Réunion est un sanctuaire dont il faut comprendre les rythmes.

Le spectacle n’est pas le même tout au long de la saison, qui se découpe en trois actes distincts :

  • Mi-juillet à début août : L’arrivée des prétendants. C’est la période des parades acrobatiques. Les premiers arrivés sont souvent les mâles célibataires, qui déploient une énergie folle pour attirer les femelles. C’est à ce moment que les sauts spectaculaires (breaches) et les puissantes frappes de nageoires sont les plus fréquents. C’est une phase de séduction, bruyante et démonstrative.
  • Mi-août : Le pic de la compétition. La densité de cétacés est à son maximum. Vous pourrez observer des « groupes compétitifs », où plusieurs mâles poursuivent une seule femelle. Les comportements sont intenses, parfois agressifs. C’est une période fascinante mais qui exige une distance et un respect accrus de la part des observateurs.
  • Septembre-octobre : Le temps de la nurserie. L’ambiance change. Les démonstrations de force laissent place à des moments d’une infinie tendresse. C’est la période privilégiée pour observer les mères avec leurs baleineaux. Les jeunes, nés dans les eaux réunionnaises, apprennent les gestes essentiels à la survie aux côtés de leur mère. Les scènes sont plus calmes, centrées sur l’allaitement, le repos et l’éducation.

Choisir sa période d’observation, c’est donc choisir le chapitre de l’histoire que l’on souhaite entrevoir. Un amoureux de la nature appréciera peut-être davantage la quiétude d’une mère et de son petit en septembre que l’agitation des parades de juillet. C’est une décision qui reflète déjà une approche plus consciente.

Pourquoi le capitaine coupe-t-il le moteur à 100m des animaux ?

Cette règle n’est pas une simple recommandation de courtoisie, c’est une obligation légale et une nécessité biologique. Le son est le sens principal des cétacés. Dans l’eau, les bruits se propagent cinq fois plus vite et beaucoup plus loin que dans l’air. Le vrombissement constant d’un moteur de bateau est une source de stress acoustique majeur, particulièrement pour les mères et leurs nouveau-nés qui communiquent par des sons de basse fréquence. Ce bruit peut masquer leurs échanges, perturber le repos essentiel à l’allaitement et à la croissance du baleineau, et même les pousser à fuir la zone.

La réglementation est donc extrêmement claire. Comme le stipule l’arrêté ministériel, l’approche à moins de 100 mètres des cétacés est interdite dans les aires marines protégées. Couper le moteur à cette distance n’est pas une option, c’est l’application de la loi. L’approche doit se faire lentement, en parallèle de la trajectoire de l’animal, et jamais en lui coupant la route. Le bateau devient alors une « bûche flottante » passive, que la baleine, curieuse de nature, pourra décider d’approcher d’elle-même si elle le souhaite. C’est elle, et uniquement elle, qui décide de la distance finale.

Étude de cas : Le label O²CR, votre garantie éthique

Créé en 2014, le label O²CR (Observation Certifiée Responsable des Cétacés à La Réunion) est votre meilleur allié. Il ne certifie pas seulement le respect de la loi, mais un engagement plus large. Les opérateurs labellisés s’engagent non seulement à couper le moteur à 100m, mais aussi à limiter le nombre de navires près d’un groupe d’animaux (pas plus de trois dans un rayon de 300m), à ne pas rester plus de 30 minutes, et à former leur personnel aux protocoles scientifiques d’approche. Exiger ce label, c’est voter avec son portefeuille pour un tourisme durable.

Bateau d'observation touristique moteur éteint à distance respectueuse d'une baleine à La Réunion

L’image ci-dessus illustre parfaitement la posture idéale : le bateau est à l’arrêt, à une distance qui permet l’observation sans intrusion, laissant l’animal maître de son espace. C’est le signe d’un capitaine qui ne voit pas la baleine comme un produit, mais comme une voisine qu’il respecte.

Est-ce vraiment respectueux de se mettre à l’eau avec des animaux sauvages de 40 tonnes ?

C’est la question la plus controversée et, de notre point de vue de militants pour la protection des cétacés, la plus essentielle. La promesse d’une rencontre « œil dans l’œil » avec une baleine est un produit d’appel marketing puissant. Cependant, cette pratique, même lorsqu’elle se prétend « douce » ou « respectueuse », constitue une intrusion dans le sanctuaire des baleines. Il est crucial de comprendre que ces animaux ne sont pas ici pour le tourisme, mais pour des phases critiques de leur vie : l’accouplement, la mise bas, l’allaitement. La présence de nageurs à proximité est une source de perturbation potentielle, modifiant leur comportement et augmentant leur niveau de stress.

En tant qu’association, Globice encourage activement l’observation depuis le littoral comme étant l’approche la moins intrusive. Comme le souligne Jean-Marc Gancille, notre porte-parole, « l’application Balèn terla a été conçue pour promouvoir cette méthode, qui garantit un dérangement nul pour ces mammifères marins ». C’est l’option que nous recommandons en priorité. Si, malgré tout, vous envisagez une mise à l’eau, vous devez devenir un consommateur averti et exigeant, capable de déceler les pratiques abusives. L’encadrement ne suffit pas, il faut qu’il soit irréprochable.

Votre plan d’audit avant la mise à l’eau : les 5 questions qui changent tout

  1. Certification du guide : Le guide qui vous accompagne est-il bien titulaire de la certification « Accompagnateur de mise à l’eau » délivrée à La Réunion ? Exigez de voir sa carte.
  2. Protocole d’approche : Le prestataire pratique-t-il une approche « passive » (se laisser dériver) ou « active » (poursuivre l’animal, même doucement) ? La poursuite est un signe de harcèlement.
  3. Taille du groupe : Combien de nageurs sont autorisés à l’eau simultanément ? Un groupe de plus de 8 personnes autour d’une mère et de son petit est une source de stress inacceptable.
  4. Procédure en cas de stress : Quelle est la politique si l’animal montre des signes d’agacement (frappe caudale, changement de cap brutal) ? La seule bonne réponse est : « Nous sortons immédiatement de l’eau. »
  5. Affiliation et label : Le prestataire est-il labellisé O²CR ? Respecte-t-il visiblement l’intégralité de la charte d’approche, y compris pour la mise à l’eau ?

Ne vous laissez pas séduire par de belles images. Posez ces questions. Un prestataire véritablement respectueux sera ravi de vous expliquer en détail ses protocoles. Un prestataire qui élude la question est un prestataire à fuir.

Souffle, frappe caudale ou spy-hop : que signifient les gestes des baleines ?

Observer les baleines, ce n’est pas seulement les voir, c’est commencer à les comprendre. Leurs comportements de surface ne sont pas aléatoires ; ils constituent un langage riche qui nous informe sur leur état d’esprit. Apprendre à décoder ces signaux transforme l’expérience : vous ne subissez plus le spectacle, vous le lisez. C’est aussi le meilleur moyen de savoir quand votre présence n’est plus la bienvenue. Un observateur éclairé sait reconnaître un signe d’agacement et agit en conséquence, en demandant au capitaine de s’éloigner.

Baleine à bosse effectuant un spy-hop dans les eaux turquoises de l'océan Indien

Le « spy-hop », comme illustré ci-dessus, où la baleine sort sa tête à la verticale, est un comportement de pure curiosité et de vigilance. Elle observe son environnement, y compris votre bateau. C’est un moment magique, mais qui signale une attention accrue. La meilleure réaction est de ne pas bouger et de maintenir la distance. Pour vous aider à devenir un meilleur interprète, voici un guide des comportements les plus courants.

Guide d’interprétation des comportements des baleines à bosse
Comportement Description Signification Réaction appropriée
Frappe caudale répétée Queue frappant violemment la surface Signe d’agacement ou de stress S’éloigner immédiatement
Spy-hop Tête sortie verticalement de l’eau Vigilance accrue, observation de l’environnement Maintenir la distance
Changement de cap brutal Virage soudain à 90° Signal de fuite face au dérangement Cesser l’observation
Souffle calme Respiration régulière en surface Animal détendu Observation possible à distance

Votre observation peut aussi avoir une portée scientifique. Le programme de photo-identification de Globice, qui a permis de cataloguer 3616 individus grâce aux motifs uniques de leur nageoire caudale, repose en partie sur les photos du public. En envoyant vos clichés via des plateformes comme l’application Balèn terla, vous pouvez aider la recherche à suivre les migrations de ces géants. Une baleine photographiée à La Réunion peut ainsi être retrouvée des années plus tard au Brésil, fournissant des données précieuses sur leurs déplacements.

Où sont les meilleurs spots terrestres pour voir les baleines sans prendre le bateau ?

L’observation la plus respectueuse est celle qui garantit un dérangement nul. Et pour cela, rien ne vaut la terre ferme. L’expérience est différente, plus contemplative, mais tout aussi magique. Armé d’une bonne paire de jumelles, vous pouvez assister au ballet des baleines dans une tranquillité absolue, sans le bruit des moteurs ni la foule des bateaux. C’est l’approche que nous, à Globice, encourageons le plus vivement. La Réunion, avec son relief escarpé plongeant dans l’océan, offre de nombreux « balcons » naturels parfaits pour cela.

Balèn terla : l’outil ultime de l’observateur terrestre

Lancée par Globice, l’application mobile gratuite Balèn terla est votre meilleure alliée. Elle agit comme un véritable « Waze des baleines ». Les utilisateurs signalent en temps réel les observations le long de la côte, vous permettant de savoir où vous rendre. Elle vous donne accès aux meilleurs points de vue, fournit des fiches d’information sur les cétacés et vous permet même de contribuer à la science en signalant vos propres observations. C’est l’outil qui rend l’observation terrestre collaborative, ludique et incroyablement efficace.

Pour mettre toutes les chances de votre côté, voici une sélection de postes d’observation privilégiés, du nord au sud de l’île :

  • Le Barachois à Saint-Denis : Idéal tôt le matin (6h-9h), ce front de mer offre une vue dégagée. Des jumelles puissantes (10×42) sont recommandées pour apprécier le spectacle au large.
  • Cap La Houssaye (entre Saint-Gilles et Boucan Canot) : Sans doute le point de vue le plus célèbre. La vue panoramique est exceptionnelle. Positionnez-vous le matin pour éviter le contre-jour de l’après-midi.
  • Boucan Canot : Confortablement installé sur la plage ou depuis les restaurants en hauteur, vous pouvez souvent voir des sauts et des souffles tout en profitant du cadre.
  • La Pointe au Sel (Saint-Leu) : Un promontoire sauvage qui offre une vue imprenable sur le grand large. La mer y est souvent calme le matin, facilitant le repérage des souffles.
  • Grande Anse (Petite-Île) : Ce spot du Sud sauvage est parfait pour un pique-nique « baleines ». La baie est un lieu de passage et de repos apprécié des cétacés, surtout en fin de saison.

L’observation terrestre demande de la patience, mais la récompense est immense : celle d’une rencontre authentique, sans la moindre interférence. C’est l’essence même de l’écotourisme.

Quelle distance respecter pour une interaction éthique avec les tortues vertes ?

La protection de la vie marine à La Réunion ne se limite pas aux baleines. Le lagon est le refuge d’une autre espèce emblématique et protégée : la tortue verte. Lors de vos sorties en snorkeling, notamment sur le sentier sous-marin de l’Ermitage, vous aurez très probablement la chance de croiser ces paisibles reptiles marins. L’émerveillement est légitime, mais il doit s’accompagner des mêmes réflexes de respect. Une tortue qui se sent harcelée peut abandonner une zone d’alimentation ou de repos cruciale pour elle.

La règle d’or est simple et inscrite dans la charte d’observation locale : il faut maintenir 5 mètres minimum de distance avec l’animal. Cette distance de sécurité permet à la tortue de se comporter naturellement sans se sentir menacée. Pour garantir une cohabitation sereine, chaque snorkeleur doit intégrer un véritable code de conduite.

Voici les commandements du snorkeleur respectueux :

  • Ne jamais poursuivre une tortue : Si elle nage pour s’éloigner de vous, c’est un signe de stress clair. Laissez-la partir.
  • Ne jamais bloquer son accès à la surface : Les tortues sont des reptiles pulmonaires. Elles doivent remonter respirer régulièrement. Se positionner au-dessus d’elles est extrêmement dangereux pour leur survie.
  • Ne jamais toucher une tortue : Le contact humain peut transmettre des maladies et endommager le mucus protecteur qui recouvre leur carapace et leur peau.
  • Privilégier une observation latérale : Approcher une tortue par le côté est beaucoup moins intimidant pour elle que de lui faire face ou de la surprendre par l’arrière.
  • Devenir un gardien : Si vous observez une tortue blessée, en détresse ou portant une bague d’identification, signalez-le au réseau Kélonia (0262 34 81 10). Vous contribuerez à sa protection.

Ce comportement responsable garantit non seulement le bien-être des tortues, mais aussi la pérennité de ces rencontres magiques pour les générations futures.

Pourquoi partir en mai ou septembre vous fait économiser 400 € par billet ?

Concilier budget et éthique est non seulement possible, mais c’est souvent la meilleure stratégie. Le titre peut sembler commercial, mais la logique derrière est purement écologique. Les mois de mai et surtout de septembre correspondent à l’inter-saison touristique à La Réunion. Les billets d’avion sont significativement moins chers, mais surtout, la pression touristique sur l’île est à son plus bas. Et cela a un impact direct et positif sur la faune sauvage.

Moins de monde signifie moins de pression sur les écosystèmes fragiles du lagon et moins de bateaux autour des cétacés.

– Office de Tourisme de l’Ouest de La Réunion, Guide de l’observation responsable des baleines

Cette affirmation est la pierre angulaire de notre recommandation. Choisir de partir en septembre, c’est choisir la tranquillité, pour vous et pour les baleines. Vous profiterez de conditions d’observation souvent bien meilleures. Le « sweet spot » de la mi-septembre en est le parfait exemple : bien que le pic de fréquentation d’août soit passé, de nombreuses mères accompagnées de leurs baleineaux sont encore présentes. La mer est généralement plus calme, ce qui facilite grandement le repérage depuis la côte.

Étude de cas : Septembre, le mois de l’observation privilégiée

Les données de Globice le confirment. Lors de la saison 2024, à la mi-septembre, 360 individus uniques avaient déjà été identifiés. Cette période offre un compromis idéal : une présence encore très forte des cétacés, notamment des groupes « nurserie », et une affluence touristique réduite. Le résultat ? Moins de bateaux sur l’eau, des animaux plus sereins, et des observations plus longues, plus calmes et plus touchantes. C’est l’illustration parfaite que le tourisme de masse n’est pas une fatalité et que des choix malins bénéficient à tous.

Partir en décalé n’est donc pas seulement un bon plan financier. C’est un acte militant, une décision consciente de réduire son empreinte sur un environnement vulnérable au moment le plus crucial de l’année. C’est la preuve qu’un tourisme plus doux et plus intelligent est possible.

Les points essentiels à retenir

  • La distance légale et non-négociable de 100 mètres avec les cétacés est un impératif de protection contre le stress acoustique.
  • L’observation terrestre, aidée par des outils comme l’application Balèn terla, représente l’approche la plus éthique et garantit un dérangement nul.
  • Votre crème solaire contenant des filtres chimiques est une menace directe pour les coraux du lagon ; choisir une crème « reef-safe » est un geste crucial.

Comment observer les coraux et poissons du lagon sans détruire leur habitat ?

Notre engagement pour l’océan ne peut s’arrêter à la surface. Le lagon de La Réunion, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, est la nurserie de milliers d’espèces et le premier rempart de l’île contre la houle. Sa beauté est aussi sa plus grande fragilité. Chaque baignade, chaque sortie en snorkeling, a un impact. L’un des plus insidieux et des plus dévastateurs est chimique : il s’agit de nos crèmes solaires. La plupart des produits conventionnels contiennent des filtres comme l’oxybenzone et l’octinoxate, qui sont de véritables poisons pour les coraux. Ils provoquent leur blanchiment, perturbent leur reproduction et peuvent les tuer.

Les chiffres sont alarmants. Selon diverses études scientifiques, on estime que près de 4000 tonnes de crème solaire sont absorbées par les récifs coralliens dans les zones touristiques du monde chaque année. En choisissant votre protection solaire, vous avez donc un pouvoir immense. Devenir un « baigneur responsable », c’est d’abord protéger sa peau sans détruire l’habitat marin.

Voici votre guide pour choisir une crème solaire qui respecte les coraux (« reef-safe ») :

  • Lisez la liste des ingrédients : Fuyez comme la peste les produits contenant de l’oxybenzone et de l’octinoxate. Ce sont les deux ennemis publics numéro un des coraux.
  • Privilégiez les filtres minéraux : Optez pour des crèmes dont les seuls actifs sont l’oxyde de zinc ou le dioxyde de titane. Assurez-vous qu’ils soient sous forme « non-nano », car les nanoparticules peuvent être ingérées par les coraux.
  • Portez des vêtements anti-UV : La meilleure crème solaire est celle qu’on n’applique pas. Un lycra ou un rashguard à manches longues protège efficacement la majeure partie de votre corps et réduit drastiquement la quantité de produit déversée dans l’eau.
  • Anticipez l’application : Appliquez votre crème au moins 30 minutes avant de vous baigner. Elle aura le temps de bien pénétrer la peau et sera moins susceptible de se diluer immédiatement dans l’eau.

Protéger les baleines tout en polluant leur garde-manger serait un non-sens absolu. La protection de l’océan est un tout. Elle commence au large avec les géants et se poursuit jusque sur le sable, avec un simple tube de crème.

Pour boucler la boucle de votre démarche éthique, il est fondamental de comprendre comment protéger le lagon de l'impact chimique de nos activités.

Devenir un ambassadeur de l’océan est à votre portée. Chaque décision, du choix de votre prestataire à celui de votre équipement, façonne l’avenir de ce sanctuaire. Continuez à vous informer, à questionner les pratiques et à partager ces connaissances. Votre vigilance est leur meilleure protection.

Rédigé par Clara Fontaine, Biologiste marine et monitrice de plongée certifiée BEES 2, Clara dirige un centre d'observation sous-marine éthique à Saint-Gilles. Avec 12 ans de plongée dans l'Océan Indien, elle est experte en biodiversité lagonaire et en gestion du risque requin.