Publié le 10 mai 2024

La flore réunionnaise est un labyrinthe de trésors et de pièges écologiques ; la clé n’est pas seulement de reconnaître une plante, mais de comprendre son rôle dans la guerre botanique silencieuse qui se joue sur l’île.

  • Les espèces invasives, souvent introduites pour leur beauté ou leurs fruits, peuvent détruire activement les écosystèmes endémiques en modifiant le sol et en étouffant la flore native.
  • Chaque randonneur est un acteur involontaire de cette dissémination, mais des gestes simples (comme le brossage des chaussures) peuvent le transformer en protecteur.

Recommandation : Adoptez le regard du conservateur : observez l’interaction entre les plantes et votre propre impact pour devenir un gardien averti de ce patrimoine vivant.

Parcourir les sentiers de La Réunion, c’est s’offrir un spectacle végétal d’une richesse inouïe. L’œil est captivé par une profusion de formes, de couleurs, de parfums. Pour l’amateur de nature, la tentation est grande de vouloir nommer ce qu’il voit, de mettre une étiquette sur cette fleur éclatante ou ce fruit à l’allure tentatrice. On se fie souvent à l’esthétique : ce qui est beau ou familier doit être bon, ce qui est étrange ou discret, moins intéressant. On cherche des listes, des applications, des guides rapides pour satisfaire cette curiosité.

Pourtant, cette approche, si naturelle soit-elle, passe à côté de l’essentiel et peut même, involontairement, participer à la dégradation de ce que l’on admire. Car ici, à La Réunion, l’un des hauts lieux de la biodiversité mondiale, une véritable guerre botanique silencieuse se déroule sous nos yeux. Mais si la véritable clé n’était pas seulement de savoir le nom d’une plante, mais de comprendre son histoire, son camp et son impact ? Si le plus important n’était pas de différencier les espèces par leur apparence, mais par leur comportement au sein de cet écosystème fragile ?

Cet article vous propose de changer de perspective. En tant que conservateur passionné par ce patrimoine vivant, je vous invite à dépasser le stade de la simple identification pour devenir un lecteur averti du paysage réunionnais. Nous allons apprendre ensemble à décrypter les indices, à comprendre pourquoi un fruit délicieux peut être une menace mortelle, comment une belle fleur devient une ennemie de la forêt, et quel rôle crucial vous, randonneur, jouez dans cet équilibre précaire. L’objectif : que chaque pas sur cette île devienne un acte conscient de protection.

Pour vous guider dans cette exploration, cet article est structuré pour répondre aux questions les plus concrètes que se pose le naturaliste amateur. Vous découvrirez les secrets des espèces emblématiques, les gestes qui sauvent et les outils pour parfaire votre connaissance du terrain.

Pourquoi le goyavier est-il à la fois un fruit délicieux et une menace mortelle pour la forêt ?

Le goyavier (Psidium cattleianum) est sans doute le paradoxe le plus célèbre de La Réunion. Pour beaucoup, il évoque la cueillette gourmande en bord de sentier, les confitures savoureuses et le goût de l’enfance. Pourtant, derrière cette image d’Épinal se cache l’une des espèces exotiques envahissantes les plus redoutables de l’île. Son succès est sa plus grande force destructrice : ses fruits, disséminés par les oiseaux et les humains, lui permettent de coloniser massivement les milieux naturels, en particulier les forêts humides de moyenne altitude. La Réunion compte parmi les territoires les plus touchés au monde, avec 129 espèces exotiques envahissantes recensées, faisant de cette problématique un enjeu majeur pour la conservation.

Sa menace n’est pas seulement une question de compétition pour l’espace et la lumière. Le goyavier est un véritable ingénieur écologique négatif : il forme des peuplements monospécifiques si denses qu’ils étouffent toute tentative de régénération des espèces endémiques. Pire, ses racines et la décomposition de ses feuilles acidifient le sol, le rendant inhospitalier pour la flore native qui a évolué pendant des millénaires dans des conditions différentes. C’est une guerre chimique et biologique silencieuse qui se joue sous vos pieds. Chaque plant de goyavier qui pousse est une place en moins pour un Tamarin des Hauts ou un Bois de couleurs.

Heureusement, des initiatives émergent pour transformer ce problème en solution. La campagne « Preserv sat nou nana », portée par le Département, est un exemple brillant de cette nouvelle approche. Elle vise à créer une filière de valorisation économique du goyavier et d’autres invasives. En encourageant leur transformation en produits commerciaux (jus, confitures, artisanat), on incite à leur récolte et donc à leur régulation. C’est une manière de financer la lutte écologique par une économie locale et participative, transformant chaque citoyen en acteur de la restauration des forêts.

Étude de cas : La campagne « Preserv sat nou nana »

Lancée en 2024, cette initiative du Département de La Réunion vise à sensibiliser et à mobiliser contre les plus de 160 espèces invasives identifiées. Plutôt que de voir ces plantes uniquement comme une nuisance, le programme encourage leur valorisation économique. En transformant le goyavier en produits vendus localement, on crée une incitation positive pour sa récolte intensive, ce qui aide à contrôler sa prolifération tout en soutenant des entreprises et associations locales. C’est une stratégie gagnant-gagnant qui allie écologie, économie et action citoyenne.

Où avez-vous le plus de chances d’apercevoir le Tuit-Tuit ou le Papangue ?

Si les plantes racontent l’histoire géologique de l’île, les oiseaux en sont l’âme vivante et fragile. Observer un oiseau endémique dans son milieu naturel est un moment de grâce, une connexion profonde avec le caractère unique de La Réunion. Mais chaque espèce a son royaume et ses exigences. Pour l’ornithologue amateur, connaître leurs habitats est la première étape vers une observation réussie et respectueuse. Le Papangue (Busard de Maillard), notre unique rapace endémique, est le plus « facile » à voir. Planeur majestueux, il patrouille au-dessus des espaces ouverts, des ravines et des lisières de forêt sur une grande partie de l’île, de la côte aux plus hauts sommets. Levez les yeux lors de vos randonnées, vous le verrez probablement tournoyer à la recherche d’une proie.

Observateur silencieux dans la forêt de la Roche Écrite au lever du soleil, habitat du Tuit-Tuit

L’observation du Tuit-Tuit (Coracina newtoni) est une tout autre quête, un pèlerinage pour les passionnés. Cet oiseau, l’un des plus menacés de France, est un spécialiste extrême. Son monde se résume à une minuscule portion du territoire, avec seulement 10 km² d’habitat restant pour toute la population mondiale, exclusivement située dans la Plaine des Chicots et la forêt de la Roche Écrite. C’est un oiseau de la forêt de montagne, de la tamarinaie originelle. Pour l’apercevoir, il faut se lever tôt, marcher en silence sur les sentiers menant à la Roche Écrite, et surtout, tendre l’oreille. Son chant mélodieux, un « tuit-tuit » clair, trahit souvent sa présence bien avant qu’on ne puisse le distinguer dans la canopée.

Cette extrême spécialisation le rend incroyablement vulnérable à la dégradation de son habitat et aux prédateurs introduits comme le rat. Des organismes comme la Société d’Études Ornithologiques de La Réunion (SEOR) mènent une lutte acharnée pour sa survie, avec des programmes de dératisation et de suivi scientifique. Observer le Tuit-Tuit, c’est donc prendre la mesure de l’urgence de la conservation. C’est comprendre que la survie d’un patrimoine vivant mondial ne tient qu’à la préservation de quelques kilomètres carrés de forêt primaire.

Comment nettoyer vos chaussures pour ne pas disséminer des graines invasives ?

En forêt, chaque randonneur est un potentiel vecteur de dissémination. Sans le savoir, la terre collée aux semelles de nos chaussures, les petites graines accrochées à nos chaussettes ou à notre sac à dos peuvent transporter des passagers clandestins sur des kilomètres. Une seule graine de goyavier ou de longose transportée d’une zone infestée vers une zone encore préservée peut être le point de départ d’une nouvelle invasion catastrophique. Prendre conscience de ce rôle et agir en conséquence est sans doute le geste écologique le plus impactant qu’un amoureux de la nature puisse faire à La Réunion.

Gros plan macro sur semelle de chaussure de randonnée avec graines invasives incrustées

Le nettoyage de son équipement n’est pas une option, c’est un devoir. Il doit devenir un réflexe, un rituel de biosécurité systématique avant et après chaque sortie en milieu naturel. Le Parc National de La Réunion et l’ONF ont d’ailleurs installé des « stations de brossage » à l’entrée de certains sentiers très fréquentés, notamment dans les zones sensibles comme le Volcan ou la forêt de Bélouve. Utilisez-les ! Elles sont là pour ça. Une brosse dure est votre meilleure alliée pour déloger la terre et les débris végétaux des crampons de vos chaussures.

Mais le danger ne se cache pas que sous vos pieds. Les scratchs, les lacets, les guêtres, les fonds de sacs à dos et même les embouts de bâtons de marche sont autant de pièges à graines. Une inspection minutieuse de tout votre matériel est donc indispensable. Voici une comparaison de quelques-unes des graines les plus communes que vous pourriez transporter sans le vouloir.

Pour vous aider à visualiser le problème, voici un aperçu des principaux coupables et de leur mode d’action, une véritable fiche d’identité pour mieux les combattre.

Les 3 graines invasivas principales et leur mode de dissémination
Espèce Type de graine Mode d’accroche Zones affectées
Goyavier Petites graines collantes Adhésion dans rainures profondes Forêts humides jusqu’à 1500m
Longose (Hedychium) Graines avec arille orange Écrasement et adhésion Sous-bois de Bélouve, Makes
Raisin marron Graines dans pulpe collante Adhésion par pulpe sucrée Mare Longue, forêts de l’Est

Votre rituel de biosécurité en 5 étapes

  1. Brosser à la source : Avant de reprendre votre voiture, utilisez les stations de brossage si disponibles, ou une brosse personnelle, pour retirer le plus gros de la terre et des débris de vos semelles.
  2. Inspecter les recoins : Vérifiez méticuleusement les scratchs de vos guêtres, les lacets, les mailles des chaussures et les fonds de poches de votre sac à dos, qui sont de parfaits pièges à graines.
  3. Contrôler les accessoires : N’oubliez pas d’inspecter les embouts de vos bâtons de marche et de nettoyer tout équipement ayant été en contact avec le sol (tapis de sol, tente).
  4. Secouer les vêtements : Avant de monter en voiture, secouez énergiquement tous vos vêtements (chaussettes, bas de pantalon) pour faire tomber les graines qui auraient pu s’y agripper.
  5. Laver à la maison : Pour une décontamination complète, un lavage de votre équipement (vêtements, sac) après chaque sortie en milieu particulièrement sensible est la meilleure garantie de ne rien propager.

Forêt de bois de couleurs vs tamarinaie : quelles différences selon l’altitude ?

Monter en altitude à La Réunion, c’est comme voyager à travers différents mondes en l’espace de quelques heures. Le paysage végétal se transforme radicalement, obéissant à une logique écologique stricte dictée par la température, l’humidité et l’ensoleillement. Comprendre cet étagement est crucial pour savoir où l’on est et ce que l’on doit s’attendre à voir. La flore de l’île, d’une richesse exceptionnelle, compte en effet 856 plantes indigènes dont 232 espèces strictement endémiques, réparties sur des étages de végétation bien distincts.

Deux de ces étages sont particulièrement emblématiques pour le randonneur : la forêt de bois de couleurs et la tamarinaie. La forêt de bois de couleurs, ou forêt tropicale de montagne humide, est ce que l’on trouve typiquement entre 800 et 1500 mètres d’altitude sur les pentes au vent (côte Est). C’est un univers luxuriant, souvent baigné de brume, où règne une incroyable diversité. Fougères arborescentes (Fanjan), orchidées, lianes et une multitude d’arbres endémiques aux noms évocateurs (Bois de Nèfles, Tan Rouge, Mapou) créent une canopée dense et un sous-bois riche. C’est malheureusement aussi l’habitat de prédilection des pires espèces invasives comme le Goyavier et le Longose, qui profitent de l’humidité et de l’ombre pour supplanter la flore originelle.

En continuant à monter, au-delà de 1500 mètres et jusqu’à environ 2000 mètres, le paysage s’éclaircit et l’atmosphère change. Bienvenue dans la tamarinaie. Cet écosystème est dominé par une seule espèce d’arbre endémique majestueux : le Tamarin des Hauts (Acacia heterophylla). Avec ses troncs tortueux et son feuillage léger qui filtre la lumière, il crée une ambiance féerique, presque fantomatique. C’est une forêt plus sèche, plus froide et plus ouverte que la forêt de bois de couleurs. Ici, l’envahisseur principal change également : c’est l’Ajonc d’Europe, une autre peste végétale, qui menace spécifiquement cet étage d’altitude, profitant des espaces ouverts pour s’installer.

Chaque étage a donc ses trésors et ses menaces spécifiques. Selon l’ONF, qui suit attentivement la progression des invasives, cette distinction est fondamentale pour organiser la lutte. On ne combat pas le goyavier dans la tamarinaie, ni l’ajonc dans la forêt de bois de couleurs. Reconnaître l’étage dans lequel on se trouve, c’est donc déjà faire un premier diagnostic écologique et comprendre les enjeux de conservation qui lui sont propres.

Quelles plantes locales (Zerbaz) sont utilisées traditionnellement pour les petits maux ?

La flore de La Réunion n’est pas seulement un patrimoine naturel, c’est aussi un immense patrimoine culturel. Depuis des générations, les habitants de l’île ont appris à connaître les plantes qui les entourent, à les utiliser pour se soigner, pour cuisiner, pour leurs rituels. Ce savoir, transmis oralement, constitue ce qu’on appelle la pharmacopée des « zerbaz péi ». Les « tisaneurs », ces herboristes traditionnels, en sont les dépositaires. Leur connaissance est si précieuse qu’elle a été reconnue et inscrite au patrimoine culturel immatériel français.

Cette tradition du « zerbaz » est bien vivante. Qui n’a jamais bu une tisane d’Ayapana pour les maux d’estomac, ou utilisé du Géranium Rosat pour apaiser la peau ? Cependant, cette pratique n’est pas sans danger, surtout pour le non-initié. Le plus grand risque est la confusion. De nombreuses plantes médicinales endémiques ont des « doubles » toxiques, parfois des espèces exotiques qui leur ressemblent étrangement. Cueillir soi-même sans une connaissance botanique parfaite, c’est prendre le risque d’une grave intoxication. Le savoir des tisaneurs n’est pas une simple liste de recettes, c’est avant tout une science de l’identification et de la prudence.

Comme le souligne l’Association des Tisaneurs de La Réunion, ce savoir est un trésor à préserver et à respecter :

Le savoir-faire des tisaneurs est inscrit au patrimoine culturel immatériel français depuis 2020. Ces herboristes traditionnels perpétuent une connaissance ancestrale des plantes médicinales créoles, mais alertent sur les dangers de la cueillette sauvage sans formation.

– Association des Tisaneurs de La Réunion, Patrimoine culturel immatériel

Le tableau suivant illustre parfaitement ce danger de confusion, qui est au cœur des mises en garde des experts.

Guide de vigilance : Zerbaz péi vs plantes toxiques similaires
Plante médicinale péi Usage traditionnel Confusion possible avec Danger
Faham (orchidée endémique) Tisane digestive Autres orchidées non comestibles Intoxication
Benjoin (Terminalia bentzoe) Écorce pour tisanes Autres Terminalia toxiques Troubles digestifs
Ambaville Fébrifuge traditionnel Plantes à feuilles similaires Risque allergique

Un autre paradoxe fascinant est que, selon des études ethnobotaniques, plus de 20% des plantes médicinales utilisées traditionnellement à La Réunion sont aujourd’hui classées comme espèces exotiques envahissantes. Cela montre à quel point la relation entre l’homme et la nature est complexe et en constante évolution. Une plante utile à un moment donné peut devenir une menace pour l’écosystème à un autre.

Pourquoi certaines belles fleurs sont-elles des ennemies de la forêt ?

L’attrait pour l’exotisme et la beauté est une constante humaine. Au fil des siècles, de nombreuses plantes ont été introduites à La Réunion pour leur valeur ornementale, pour embellir les jardins créoles. Malheureusement, certaines de ces « belles étrangères » se sont échappées des jardins pour devenir de véritables pestes végétales, des ennemies jurées de la forêt indigène. Leur beauté est leur meilleur camouflage ; qui pourrait se méfier d’une fleur aussi spectaculaire ? C’est pourtant leur capacité de reproduction et d’adaptation phénoménale qui les rend si dangereuses.

L’exemple le plus tragique est sans doute celui du Longose, ou « gingembre d’ornement » (Hedychium gardnerianum). Importé d’Asie pour ses magnifiques inflorescences jaunes et oranges très parfumées, il a trouvé dans les sous-bois humides de La Réunion, comme dans la forêt de Bélouve, des conditions idéales. Il forme aujourd’hui des tapis monospécifiques si denses que plus aucune lumière n’atteint le sol. En conséquence, aucune graine d’espèce endémique ne peut germer. Le Longose est un véritable « tueur de berceaux » : il ne tue pas les arbres adultes, mais il empêche toute régénération, condamnant la forêt à vieillir et mourir sans descendance. L’ONF mène des chantiers de lutte herculéens pour tenter de l’arracher, mais la tâche est immense.

La Tulipe du Gabon, le Raisin marron, la Liane papillon… la liste de ces belles envahisseuses est longue. La meilleure façon de lutter est de ne plus les planter et de les remplacer dans nos jardins par des espèces endémiques ou indigènes, qui sont tout aussi magnifiques et parfaitement adaptées au climat, sans représenter une menace pour l’équilibre écologique. Soutenir les pépiniéristes locaux qui se spécialisent dans la production de plantes « péi » est un acte militant. Voici quelques alternatives splendides :

  • Hibiscus boryanus (Foulsapate marron) : pour ses fleurs rouges spectaculaires.
  • Dombeya (Mahots) : pour sa floraison blanche ou rose abondante et généreuse.
  • Latania lontaroides (Latanier rouge) : un palmier endémique majestueux et sculptural.
  • Ruizia cordata (Bois de senteur blanc) : une espèce rarissime sauvée de l’extinction, à la floraison magnifique.

Pourquoi planter des arbres endémiques ici a plus de sens que d’acheter des crédits carbone génériques ?

Face à l’urgence climatique, de nombreuses entreprises et particuliers cherchent à compenser leur empreinte carbone. L’une des solutions les plus populaires est l’achat de « crédits carbone », qui financent souvent des projets de reforestation à l’autre bout du monde. Si l’intention est louable, cette approche a ses limites : elle est souvent dématérialisée, lointaine, et son impact réel est difficile à vérifier. À La Réunion, une alternative bien plus puissante et porteuse de sens s’offre à nous : la reforestation locale avec des espèces endémiques.

Planter un Tamarin des Hauts ou un Bois de senteur ici n’est pas seulement un acte de séquestration de CO2. C’est un investissement dans une cascade de bénéfices concrets, locaux et mesurables. On parle de co-bénéfices écologiques. Chaque arbre endémique planté participe à la restauration d’un écosystème complexe. Il aide à stabiliser les sols et à lutter contre l’érosion. Il améliore la filtration et la rétention de l’eau, ressource si précieuse sur notre île. Surtout, il recrée un habitat et une source de nourriture pour la faune endémique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les projets de restauration montrent qu’1 hectare de tamarinaie restaurée permet le retour de 15 à 20 espèces d’oiseaux endémiques, augmente la filtration de l’eau de 30% et séquestre environ 8 tonnes de CO2 par an.

Des programmes comme « 1 million d’arbres pour La Réunion », menés par le Département, la Région et le Parc National, permettent à chacun de participer à cet effort collectif. En parrainant un arbre, vous ne financez pas un chiffre abstrait dans un tableur, mais la plantation d’un être vivant, avec un suivi GPS, qui contribuera directement à la survie du Tuit-Tuit ou à la pureté de l’eau que vous buvez. C’est aussi un soutien à l’économie locale, en créant des emplois dans les pépinières spécialisées et la gestion forestière durable.

Planter un arbre endémique à La Réunion, c’est donc bien plus qu’un simple geste écologique. C’est un acte culturel, social et économique qui renforce la résilience de notre territoire. C’est choisir une action tangible et locale plutôt qu’une compensation virtuelle et globale. C’est voir l’impact de son geste grandir, littéralement, sous ses yeux.

À retenir

  • L’identification de la flore réunionnaise dépasse l’aspect visuel : il est crucial de comprendre l’impact écologique (positif ou négatif) de chaque espèce.
  • Le randonneur est un acteur majeur, consciemment ou non : des gestes simples comme le nettoyage des chaussures le transforment d’un potentiel disséminateur en un protecteur de la biodiversité.
  • Des solutions locales et concrètes existent : privilégier les plantes ornementales endémiques et participer aux projets de reforestation locale a un impact direct et mesurable sur l’écosystème.

Comment identifier et comprendre la luxuriance végétale de l’île sans être botaniste ?

S’approprier ce savoir et devenir un observateur éclairé peut sembler une tâche herculéenne. Faut-il mémoriser des centaines de noms latins et de caractéristiques botaniques ? Heureusement, non. Aujourd’hui, la technologie et les structures de médiation scientifique sont de formidables alliées pour le naturaliste amateur. Elles ne remplacent pas l’expertise, mais elles offrent une porte d’entrée accessible et ludique pour apprendre à lire le paysage.

Votre smartphone peut devenir votre premier guide de terrain. Des applications de reconnaissance de plantes par l’image, comme PlantNet, sont incroyablement performantes. Le secret est de bien sélectionner le projet « Flore de La Réunion » au sein de l’application, ce qui permet à l’algorithme de comparer votre photo à une base de données locale, augmentant considérablement la précision. Un autre outil formidable est iNaturalist, un projet de science participative où vos observations, une fois soumises, sont validées (ou corrigées) par une communauté d’experts et de passionnés locaux. C’est un excellent moyen d’apprendre et de contribuer à la connaissance de la biodiversité de l’île.

Au-delà du numérique, rien ne remplace le contact humain et l’expérience sur le terrain. Des structures comme la Maison de la Forêt (sur la route du Volcan) ou le Conservatoire Botanique National de Mascarin (dans les hauts de Saint-Leu) sont des lieux incontournables. Elles proposent des expositions, des sentiers pédagogiques et, surtout, des visites guidées par des médiateurs scientifiques passionnés. Participer à l’une de ces visites est souvent une révélation : en quelques heures, vous apprendrez à reconnaître les familles de plantes, à repérer les indices qui distinguent une endémique d’une exotique, et à comprendre les histoires fascinantes qui se cachent derrière chaque espèce.

Enfin, gardez un œil sur les programmes d’animation du Parc National de La Réunion et des associations de protection de la nature (SEOR, SREPEN…). Ils organisent régulièrement des sorties thématiques gratuites et des « chantiers nature » où l’on apprend en agissant. C’est la meilleure façon de combiner découverte, convivialité et action concrète pour la préservation de ce trésor unique.

Avec ces outils en main, vous êtes prêt à transformer chaque balade en une passionnante aventure botanique et écologique.

Votre prochaine randonnée n’est plus une simple marche, mais une occasion de mettre en pratique ces savoirs. Devenez un gardien actif de la biodiversité réunionnaise, un œil et une conscience pour cet héritage unique au monde. L’aventure ne fait que commencer.

Rédigé par Guillaume Técher, Chef cuisinier et consultant en agrotourisme, Guillaume défend le terroir réunionnais du champ à l'assiette. Fort de 15 ans d'expérience, il maîtrise aussi bien la botanique des plantes endémiques que l'art du rhum arrangé.